Petits mots et grandes phrases de l'Antiquité

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Nous utilisons chaque jour des expressions dont nous connaissons le sens mais dont l'origine et la signification première sont souvent oubliées. Vous vous êtes peut-être déjà demandé pourquoi dit-on que "l'argent n'a pas d'odeur" ou que l'on "touche le pactole" ?

Nous avons décryptée pour vous des expressions de la langue française qui tiennent leur origine de l'époque romaine ou de la mythologie.

Regagner ses pénates

 

Dessin-maisonDéfinition : rentrer chez soi, à son domicile.

Origines : Les Pénates sont des divinités romaines qui assurent la protection du foyer et plus particulièrement du garde-manger. Ils font partie des divinités domestiques tout comme les Lares.

Dans toutes les maisons romaines, ils étaient représentés par de petites statuettes placées sur un autel, le "laraire". Lors des repas on disposait auprès d'eux de petites assiettes de nourriture.

Par extension les pénates désignent aujourd'hui la maison, d'où l'expression "regagner ses pénates"

Etre médusé

 

MedusacarreDéfinition  : Etre figé de stupeur.

Origines : Méduse était une très belle femme à la chevelure magnifique.

Un jour, Neptune tombe amoureux et s'unit à elle dans un temple d'Athéna. Insultée, cette dernière punit Méduse en la transformant : sa chevelure devient un enchevêtrement de serpents, dans sa bouche apparaissent des dents de sanglier, des ailes à écailles d'or lui poussent dans le dos... mais pire que tout, quiconque croise son regard est désormais transformé en pierre, d'où l'expression "être médusé" pour signifier être pétrifié.

 

 

Etre couvert de lauriers

laurierDéfinition  : être couvert d'honneurs.

Origines : Sous la République et l'Empire romain, les généraux revenant victorieux de leurs campagnes militaires étaient mis à l'honneur lors du Triomphe. Il s'agissait pour le général de défiler dans Rome jusqu'au temple de Jupiter Capitolin. Pour ce défilé, il était couronné de laurier, symbole de victoire et de gloire.

La couronne de laurier était également remise aux vainqueurs des jeux sportifs. Cette tradition était déjà établie chez les Grecs, puisque la couronne de laurier symbolisait la victoire à certaines épreuves des Jeux Olympiques notamment.

Cette symbolique du laurier a perduré dans le temps et laisse de nombreuses traces dans notre langue et nos expressions : par exemple, le mot lauréat qui signifie être couvert de laurier ou le célèbre baccalauréat qui signifie "baie de laurier" puisque les jeunes diplômés se voyaient autrefois remettre une couronne de laurier...

Se croire sorti de la cuisse de Jupiter

20131212_image_expo_grands_dieuxDéfinition : avoir une très haute opinion de soi-même, se croire supérieur aux autres.

Origines : Jupiter, roi des dieux de l'Olympe, était l'époux de Junon. Il eut cependant une liaison avec Sémélée, jeune mortelle, qui attendait un enfant de lui.

Junon, folle de jalousie, décide de se venger et conseille à Sémélée de demander à Jupiter qu'il se montre à elle dans toute sa grandeur, comme lorsqu'il se trouve sur l'Olympe. Or, aucun mortel ne peut ainsi voir Jupiter, accompagné des éclairs, des orages, de la foudre et du tonnerre sans mourir consumé.

Jupiter, tenu par sa promesse d'exhausser le vœu de Sémélé s'exécute, mais il décide alors de sauver l'enfant : il retire le fœtus du ventre de sa mère et le place dans sa propre cuisse.

L'enfant terminera ainsi sa gestation dans la cuisse de son père, qui donnera naissance au dieu Bacchus.

L'expression Se croire sorti de la cuisse de Jupiter fait ainsi référence à cet épisode mythologique et signifie se prendre pour un dieu, de surcroît fils de Jupiter.

L'argent n'a pas d'odeur

plusbeaucoup2Définition : l'argent, peu importe sa provenance, et même gagné malhonnêtement reste de l'argent, l'essentiel étant d'en avoir.

Origine : Il faut remonter à l'Empereur romain Vespasien (69-79 ap. J.-C.) pour expliquer cette expression.

Ce dernier est connu pour avoir institué nombre d'impôts nouveaux pour renflouer les caisses de l'Etat. Il créé notamment une taxe sur la collecte de l'urine qui était alors très utilisée dans l'artisanat du textile (l'ammoniaque contenu dans l'urine permettait de traiter les étoffes avant la teinture). Chaque chef de famille était ainsi redevable de cette taxe, qui variait en fonction du nombre de personnes vivant sous son toit.

Cette taxe a été l'objet de nombreuses railleries ce que le fils de Vespasien lui fit savoir. L'empereur lui aurait alors fait sentir les pièces récoltées grâce à cet impôt et demandé s'il était importuné par l'odeur.

A Vespasien de conclure "pecunia non olet" : l'argent n'a pas d'odeur !

C'est ce même impôt institué par Vespasien qui a donné le mot "vespasiennes" encore utilisé aujourd'hui pour désigner les toilettes !

Tomber dans les bras de Morphée

DSC07026Définition : s'endormir profondément.

Origine : Morphée est le dieu des songes, fils du sommeil (Hypnos) et de la nuit (Nyx).

Ovide, auteur latin du 1er siècle ap. J-C nous confie qu'il est "le spécialiste dans l'art de prendre n'importe quelle apparence (...) celui le plus habile à reproduire une démarche, un visage et le son d'une voix ; il y ajoute les vêtements et le langage familier d'une personne..." (Les Métamorphoses, livre XI).

Morphée est donc le dieu qui s'invite au cœur de notre sommeil pour créer les rêves, d'où l'expression tomber dans les bras de Morphée lorsque l'on s'endort profondément.

De bon augure

oiseaux augureDéfinition : se dit d'une chose qui annonce une fin positive, favorable.

Au contraire, quelque chose de mauvais augure est synonyme de mauvais présage.

Origine : Dans la Rome Antique, les Augures étaient des prêtres chargés d'étudier la volonté des dieux au travers de signes naturels tels que le vol des oiseaux.

Leurs observations permettaient de définir si les dieux étaient favorables ou défavorables à une action précise.

Leurs observations et prédictions régissaient de nombreuses actions dans la vie de la cité : on faisait appel à eux avant de partir en guerre, pour choisir l'emplacement d'un temple, etc.

Toucher le pactole

or1Définition : Devenir très riche, gagner une très grosse somme d'argent

Origine : Midas, roi de Phrygie, recueille Silène, compagnon de Bacchus, qui s'était perdu.

Pour remercier Midas, le dieu Bacchus lui propose d'exhausser le vœu qu'il désire.

Sans plus réfléchir aux conséquences, Midas demande alors que tout ce qu'il touche se transforme en or.

Son vœu exhaussé, il teste avec bonheur ce nouveau pouvoir et transforme en or tout ce qui l'entoure. Mais l'heure du repas venu, il découvre avec horreur que tous les aliments et l'eau qu'il porte à sa bouche se transforment en or. Assailli par la soif et la faim, il se rend compte que ce vœu le rend à la fois riche et misérable.

Il implore alors Bacchus de bien vouloir mettre un terme à cette torture. Le dieu prend pitié de Midas et lui conseille alors d'aller se baigner dans les eaux du fleuve Pactole.

Ce dernier s'exécute et lorsque son corps se plonge dans le Pactole, le fleuve se charge de paillettes d'or..... Le même fleuve aux propriétés aurifères qui fera plus tard la richesse du roi Crésus !

D'où ces deux expressions : "Toucher le pactole" et "Etre riche comme Crésus".

Alea jacta est

bourse cuire désDéfinition : Le sort en est jeté, advienne que pourra

Origine : En 49 av. J.-C, Jules César rentre de campagne militaire en Gaule et s'apprête à traverser le fleuve Rubicon pour regagner Rome.

Le Rubicon sert alors de frontière entre la Gaule Cisalpine dont Jules César est proconsul, et l'Italie alors gouvernée par Pompée. Pour protéger Rome, le sénat avait interdit de franchir le fleuve avec une armée : Jules César aurait donc dû licencier l'ensemble de ses troupes avant de passer le fleuve. Seulement, il a alors pour projet de renverser Pompée.

La tradition rapportée par Plutarque et Suétone veut qu'au moment de franchir le fleuve avec ses troupes, Jules César s'effraie un instant de l'acte qu'il s'apprête à commettre, avant de crier Alea jacta est, le sort en est jeté.

Céder au chant des sirènes

sirènesDéfinition : Céder à la tentation

Origine :  Dans la mythologie romaine, les sirènes sont des monstres marins, mi-femmes mi-oiseaux. Elles errent en mer et attirent les navires grâce à leurs chants afin de dévorer les équipages.

Ulysse est un des seuls a avoir échappé aux sirènes : il avait fait placer des bouchons de cire dans les oreilles de ses marins et s'était fait attacher au mât de son navire pour pouvoir écouter les sirènes sans céder à la tentation.

Céder au chant des sirènes signifie donc céder à quelque chose de très attirant mais qui causera sa perte.

Jeter quelqu'un aux lions

Lion-11Définition : exposer quelqu'un à de vives critiques

Origine : Les origines de cette expression viennent probablement des suites de l'incendie qui se déroula à Rome en 64 ap. J.-C., sous le règne de l'empereur Néron.

En effet, en juillet 64, Rome est le théâtre d'un terrible incendie qui dure 9 jours et détruit la quasi-totalité de la ville. La rumeur publique accuse alors Néron d'avoir lui-même orchestré ce grand incendie afin de pouvoir reconstruire Rome selon sa volonté.

Pour mettre un terme à cette rumeur, Néron accusera ou laissera accuser une minorité montante à Rome : les chrétiens. Commence alors la première vague de persécution des chrétiens.

Ces derniers vont subir différents supplices. Néron organise notamment des jeux, durant lesquels les chrétiens seront jetés aux bêtes sauvages, et notamment aux lions.

Les venationes, ou chasses, faisaient parti des jeux de l'amphithéâtre, au même titre que le combat de gladiateur, qui étaient très appréciés des romains. Néanmoins, ordinairement le bestiarus est entraîné aux chasses et ce sont le plus souvent les animaux qui meurent au cours de ces combats.

Dans le cas de cette persécution de 64, ce sont des condamnés sans aucune défense qui sont livrés aux fauves devant une foule de romains.

Par extension, cette expression ne traduit plus l'idée d'une condamnation à mort mais le fait d'exposer une personne à des critiques très vives.

 

Etre narcissique

jonquille-700Définition : être trop imbu de soi-même, s'aimer démesurément

Origine : Dans la mythologie romaine, Narcisse est un jeune homme qui s'illustre par sa très grande beauté.

A sa naissance, un devin interrogé sur la vie de l'enfant dit "Il vivra tant qu'il ne se connaitra pas".

En grandissant Narcisse devient très beau et s'attire les avances de nombre de femmes et de nymphes. Mais il repousse chaque prétendante, ne jugeant personne digne de lui.

Un jour où Narcisse vient boire dans un lac d'une limpidité incroyable, il tombe amoureux de son reflet : il découvre un jeune homme d'une grand beauté. Lorsqu'il s'approche, ce dernier s'approche également ; lorsqu'il lui parle, il voit également ses lèvres bouger ; mais lorsqu'il s'approche pour l'embrasser, l'eau se brouille et il disparaît.

Il finira par mourir de faim et de soif en restant auprès de cet amour inaccessible.

A la place de son corps, va pousser une fleur au cœur jeune safran entouré de pétales blancs : le narcisse.

Cette histoire tirée des Métamorphoses d'Ovide nous conte l'histoire de l'apparition de la fleur mais est également à l'origine de la notion de narcissisme.

Il faut rendre à César ce qui appartient à César

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Définition : Il faut attribuer à chacun ses actes et ses biens et rendre à chacun le mérite qui lui est dû.

Origine :  L'expression aujourd'hui utilisée est incomplète, en effet, la voici dans son intégralité : "Il faut rendre à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu".

On pourrait penser cette expression liée à la vie de Jules César, mais il s'agit en réalité d'un passage du nouveau Testament, et plus particulièrement de l'évangile selon Matthieu, qui reporte ici une phrase de Jésus.

Il s'agit de la période où Jésus commence à répandre son message en Palestine. Il est alors très contesté au sein du peuple des Pharisiens qui le considère comme un agitateur. Ces derniers décident alors de lui tendre un piège en lui demandant s'il estime que le peuple Juif doit se soumettre à l'impôt demandé par Rome (impôt d'occupation).

Si Jésus s'oppose au paiement de l'impôt il sera dénoncé comme ennemi de l'empereur et condamné comme tel.

S'il reconnait l'impôt, c'est donc qu'il se soumet au pouvoir et aux lois de Rome. C'est alors son rôle de messie qui se trouve fragilisé.

Jésus demande alors qu'on lui montre une monnaie avec laquelle cet impôt doit être payé. Prenant la monnaie en main, il demande qui est le personnage frappé sur la monnaie. On lui répond qu'il s'agit de Jules César.

C'est alors qu'il prononce la phrase "Il faut rendre à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu". Il marque alors la rupture entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, entre les biens matériels et les biens spirituels.

L'utilisation de cette expression de la langue française est donc aujourd'hui relativement éloignée de sa signification d'origine !