La divinité du mois : Venvs

Chaque semaine jusqu’au printemps prochain, découvrez une facette de Gisacum par le prisme de la civilisation gallo-romaine ou de l’archéologie ! Le passé rencontre le présent. De quoi vous faire patienter pendant l’hiver en attendant les nouvelles animations sur le site !

Cette semaine, plongez au cœur de la mythologie gréco-romaine et découvrez une des divinités honorées  dans la ville antique de Gisacum : Venvs !

Bonne lecture.

 

 

Dans le paysage mythologique gréco-romain, plusieurs légendes racontent la naissance de Vénus (Aphrodite). En fonction des auteurs grecs ou latins, sa parenté divine varie.  Chez le poète grec Homère, Vénus  est la fille de Jupiter (Zeus) et de Dioné. Celle-ci  fait partie de la troisième génération des Titans comme Saturne (Cronos) le père de Jupiter. Celui-ci  s’est uni à de nombreuses Titanides et engendre, entre autres, Minerve (Athéna) et les Muses.  Chez Hésiode,  mais également chez l’auteur latin Virgile, Vénus est née de l’écume de la mer.  Pendant sa révolte contre son père Uranus (Ouranos), Saturne tranche les organes génitaux de celui-ci. Tombés dans la mer, ils donnent naissance à Vénus. Dans l’histoire de l’Art, Vénus est d’ailleurs souvent représentée sortant de l’eau dans une conque.  Sa légende raconte, qu’elle est recueillie  sur l’île de Chypre (Cythère) par les Heures (Horae chez les latin, divinités des saisons et du Temps) qui lui offrir une ceinture d’or réputée la rendre irrésistible.

Elle épouse le dieu forgeron Vulcain (Héphaïstos) et aura de nombreuses relations avec d’autres dieux et mortels. Parmi les plus connus, on retrouve Mars (Arès), le dieu de la Guerre, avec qui vénuselle enfante de nombreuses divinités comme Cupidon (Eros), dieu du Désir, ou les jumeaux Phobos et Déimos qui personnifient  la Peur panique et la Crainte. De son union avec le dieu Mercure (Hermès), naît également Hermaphrodite.  Elle tombe aussi  amoureuse du bel Adonis qui fut victime d’un accident de chasse. Tué par un sanglier, Vénus métamorphose le sang d’Adonis en une fleur : l’anémone.

Dans la tradition romaine, c’est son union légendaire avec le troyen Anchise qui la place au premier rang des déesses honorées à Rome. De leur union naît le héro Enée dont la fuite de Troie et les aventures (notamment à Carthage où il rencontre le reine Didon) sont relatées par le poète Virgile dans l’Enéide. Il  est considéré comme l’ancêtre de Romulus et Rémus, les fondateurs légendaires de Rome. La famille de Jules César (les Iulia) rattache leur généalogie à Enée et donc à Vénus. Elle devient la protectrice de Rome et de ses dirigeants.

Déesse de l’Amour et de la Beauté, elle symbolise aussi la puissance créatrice et la vie. Parmi ses attributs on trouve le myrte, le cygne, la colombe,  la ceinture d’or, la rose, le miroir et la pomme. On peut voir dans ce dernier attribut un écho à l’épisode du Jugement de Pâris qui mène à la célèbre Guerre de Troie. Pâris (fils du roi de Troie Priam) doit offrir une pomme d’or à celle qu’il considère comme la plus belle des déesses. Junon (Héra), Minerve (Athéna) et Vénus se dispute le titre. Vénus, ayant promis  à Pâris l’amour de la plus belle des femmes, gagne la pomme d’or. En enlevant Hélène, considérée comme le plus belle des mortelles, il déclenche la Guerre de Troie qui durera 10 ans.

A Rome, Vénus est assimilée à Aphrodite à partir du IIème siècle avant J.-C. et reprend une grande partie de sa mythologie. Cependant, Vénus est aussi une ancienne déesse étrusque (Turan) liée à la végétation et aux jardins. Symbolisant la vie végétale, elle est responsable de la montée de la sève.  On retrouve les mythes de déesses de l’Amour dans beaucoup d’autres civilisations antiques (Hathor chez les Egyptiens ou Astarté chez les Perses). Bien que très similaires, Aphrodite et Vénus présentent quelques différences. Aphrodite, déesse de l’Amour est aussi une déesse vindicative et cruelle qui n’hésite pas à punir les dieux, déesses et les mortel(le)s qui lui font du tord. Par exemple, elle condamne le dieu Hélios (Sol chez les latins) à ne jamais être heureux en amour parce qu’il avait prévenu son mari Héphaïstos de ses infidélités avec Mars Arès. Elle poursuit également de ses foudres la très belle Psyché dont est amoureux Eros, son fils. La Vénus des Romains est surtout une déesse maternelle, protectrice et assimilée à la vie et aux plaisirs. Des fêtes lui sont consacrées début avril, pendant lesquelles ses statues sont lavées et habillées de beaux vêtements et de bijoux précieux. Ce sont des fêtes liées au renouveau de la vie et au printemps.

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La Vénus romaine prend différent nom, elle est Vénus Génitrix (la mère) lorsque Jules César met en avant son ascendance divine. Elles aussi Vénus Victrix (la victorieuse) quand elle protège le peuple romain et accompagne les armées. Enfin, on l’appelle Vénus anadyomène quand elle est représentée sortante de l’eau ! L’eau et un élément très présent dans la mythologie liée à Vénus/Aphrodite. D’ailleurs, le mot Aphrodite vient d’aphros qui signifie l’écume.  Le jour de la semaine qui lui ait dédié est le vendredi ! Veneris Dies : le jour de Vénus.

A Gisacum, un fragment de statuette représentant  Vénus anadyomène a été découverte lors des fouilles sur le sanctuaire de Gisacum ! Simple offrande d’un pèlerin ou témoignage d’un véritable culte sur le site ? Malheureusement l’état actuel des connaissances ne permet pas encore de le dire. A Evreux, rue de l’horloge, une autre découverte de statuette de Vénus anadyomène témoigne de la présence  de la déesse dans la ville à l’époque antique.

 

Sources

  • MARTIN R. (dir), Dictionnaire culturel de la Mythologie gréco-romaine, Nathan, Paris, 1992
  • SURGET A., Dieux grecs, dieux romains, comment s’y retrouver ? , Flammarion, Paris, 2015
  • Gisacum, ville sanctuaire gallo-romaine, Catalogue de l’exposition permanente du Centre d’Interprétation Archéologique, Conseil Général de l’Eure, 2006.

Légende

Uranus : Titans des origines de la création du monde

Saturne : troisième génération de Titans

Neptune : première génération des dieux

Minerve : deuxième génération des dieux

Cupidon : troisième génération des dieux